On vote pour construire : sans frontières

L’AG s’est réunie pour le vote le 14 juin. Suisse à 10 millions, service civile et salaire minimum — autant d’occasions d’observer que les vraies solutions aux problèmes de notre temps demandent de l’investissement, de la nuance et peut-être un peu de courage politique. Une démocratie ne se protège pas en fermant ses portes, en…

L’assemblée générale de HTTPS-VD s’est réunie le 10 mai 2026 pour se prononcer sur les objets soumis au vote le 14 juin. Deux objets fédéraux et un objet cantonal au menu — autant d’occasions d’observer que les vraies solutions aux problèmes de notre temps demandent de l’investissement, de la nuance et peut-être un peu de courage politique.

Un compteur ne fait pas une politique

Initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! »

Cette initiative propose d’inscrire dans la Constitution un seuil démographique et de déclencher automatiquement un train de mesures si celui-ci est franchi. La promesse implicite : moins de gens, moins de problèmes. L’analyse directe : mais de quoi ils parlent !?!

La crise du logement, la saturation des transports, la pénurie de personnel soignant — ce sont des problèmes structurels. Ils résultent de décennies de sous-investissement public et de mauvaises priorités politiques. On ne résoudra pas ces problèmes en fixant un chiffre rond sur la population. Ce texte ne construira aucun logement abordable, n’améliorera pas les transports publics et ne formera pas une infirmière supplémentaire. Il désigne en revanche les personnes étrangères, les familles migrantes et les réfugiés — dont le statut dépend en définitive d’une frontière parfaitement arbitraire tracée sur une carte, une ligne dont la pertinence tend à disparaître — comme responsables de tensions qui leur préexistent largement, ce qui contredit directement nos valeurs d’humanisme et de solidarité.

Mais le problème le plus grave de cette initiative n’est pas son inefficacité. C’est sa méthode. La liste des mesures à déclencher automatiquement reprend intégralement des objets que le peuple suisse a refusés à plusieurs reprises au cours des 30 dernières années : restrictions migratoires et durcissements du droit d’asile systématiquement rejetés dans les urnes quand ils étaient soumis directement au vote. Les initiants utilisent ce texte constitutionnel comme une porte dérobée pour faire adopter en bloc ce que les citoyens ont refusé à chaque fois qu’on le leur a présenté franchement. C’est une tentative de contournement de la souveraineté populaire par la ruse juridique. À cela s’ajoutent des risques réels et documentés sur la stabilité des accords bilatéraux avec l’UE, la libre circulation et la coopération scientifique.

HTTPS-VD vote NON à l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » — parce que les problèmes structurels appellent de la planification et de l’investissement, pas des boucs émissaires et des portes dérobées constitutionnelles. Ce que l’UDC refuse de comprendre, c’est qu’une politique digne de ce nom se mesure à ce qu’elle offre à sa population, pas aux frontières arbitraires qu’elle trace autour d’elle.

Dresser avant d’engager

Modification de la loi fédérale sur le service civil (LSC)

Le service civil existe parce que certaines personnes souhaitent contribuer à la communauté autrement que par les armes. Il alimente le tissu associatif, les établissements de soins, les structures environnementales. Il fonctionne — et la demande ne cesse de croître, ce qui devrait être une bonne nouvelle.

La modification proposée y voit un problème à corriger. Sa solution : imposer 180 jours de service militaire préalables à toute réorientation vers le civil. Traduction : le service civil n’est pas un choix légitime, c’est un écart qu’il faut rendre suffisamment pénible pour décourager.

Ce qui frappe dans ce débat, c’est surtout ce qu’il ne contient pas. Trop d’objecteurs de conscience ? On réduit les effectifs, mais on ne discute pas. Trop de recalés médicaux ? On crée le service civil, mais on ne discute pas. Trop de civilistes ? On le rend plus contraignant, mais on ne discute toujours pas. Jamais on ne pose la vraie question : qu’est-ce qu’une armée de milice aujourd’hui — et est-ce encore pertinent, et sous quelle forme ? La population ne voit plus dans le service militaire offensif un engagement volontaire, mais une obligation de prendre les armes qu’elle ne veut plus. Plutôt que d’ouvrir ce débat, on préfère appeler les civilistes des tire-au-flanc et les punir.

Un État qui comble ses lacunes de fonctionnement par du travail contraint devrait d’abord s’interroger sur ses priorités — pas sur une tentative ratée de discipliner sa jeunesse. Le tissu associatif et les besoins croissants liés aux crises climatiques méritent un service civil renforcé, pas étranglé — et qui sait, peut-être de sérieux investissements.

HTTPS-VD vote NON à la modification de la LSC — parce qu’avant de punir ceux qui cherchent à servir autrement, il serait temps d’avoir la discussion qu’on évite depuis des décennies.

23 francs de l’heure : le prix d’une vie digne ?

Initiative populaire « Pour le droit à vivre dignement de son travail – Pour un salaire minimum cantonal »

Les Vaudoises et les Vaudois sont également appelés aux urnes ce 14 juin 2026 pour décider si leur canton doit introduire un salaire minimum. Face au décrochage des bas revenus par rapport aux coûts de la vie, un comité a lancé une initiative visant à imposer un plancher salarial de 23.00 CHF par heure. Les initiants considèrent que, dans la situation inflationniste actuelle, il importe de prendre des mesures fortes pour garantir à chacun les capacités de mener une vie digne. C’est d’autant plus important que les extrêmes droites instrumentalisent de toutes parts la peur du déclassement social pour saboter les solidarités nécessaires à la préservation de la démocratie. L’initiative prévoit aussi l’introduction de contrôles gérés par un organe tripartite, comprenant des représentants de l’État, des employeurs et des syndicats. Elle préserve ainsi un cadre de dialogue devant permettre les ajustements nécessaires.

Mais c’en est trop pour le Conseil d’État, qui rejette le projet législatif et propose un contre-projet très fragmentaire et insuffisamment inclusif. En effet, celui-ci prévoit d’ignorer les CCT, mais aussi des exceptions dans des domaines comme le care (aide à la petite enfance, travail domestique, santé), majoritairement occupés par des femmes. Or, l’amélioration de l’équité salariale entre les hommes et les femmes constitue une part importante de l’initiative. Face à ce constat, il est nécessaire de rappeler qu’il est inacceptable que les femmes continuent d’absorber, encore et toujours, les inégalités économiques au sein des classes moyennes et précaires.

Il est indispensable à une démocratie que des personnes travaillant à temps plein puissent couvrir leurs besoins fondamentaux. Or, 23 francs de l’heure ne permettent pas aujourd’hui à une personne de vivre sans aides sociales. On est donc loin d’une demande exagérée ou ultra-militante — c’est le minimum du minimum.

Le HTTPS-VD vote OUI à l’initiative et à la loi mais refuse le contre-projet — car si le monde du travail n’en est pas capable, il faut que nous fixions un minimum vivable, dans un premier temps. Un pas de plus vers une vie digne pour toutes et tous.

Ce que ces trois votes disent de nous

Trois objets, trois positions claires — et un fil rouge qui les traverse : le refus de traiter des problèmes réels et proposer de fausses solutions.

On nous propose un plafond de population à la place d’une politique du logement. Des obstacles à l’engagement civil à la place d’un débat honnête sur l’armée de milice. Un contre-projet au rabais à la place d’un salaire qui permet de vivre. Dans les trois cas, la logique est la même : faire semblant d’agir sans rien changer, ou punir ceux qui font les frais d’un système qui ne se remet jamais en question.

HTTPS-VD choisit une autre voie : celle de l’investissement dans les infrastructures plutôt que la désignation de boucs émissaires, de la valorisation de l’engagement citoyen plutôt que sa bureaucratisation punitive, et de la justice salariale comme fondement d’une démocratie qui tient debout.

Une démocratie ne se protège pas en fermant ses portes, en contraignant ses citoyens ou en laissant une partie de sa population travailler dans la précarité. Elle se protège en garantissant à chacune et chacun les conditions d’une vie digne et d’une participation réelle.